Quand Ollières était une capitale potière

Quand Ollières était une capitale potière

Quand Ollières était une capitale potière Quand Ollières était une capitale potière Quand Ollières était une capitale potière

« Pour donner un nom à une commune, il faut qu’elle soit renommée », voilà ce qui permet de dire qu’Ollières était connu dès 1005 expliquent l’archéologue autodidacte et passionné François Carrazé (photo ci-jointe) et son épouse Claudette. C’est en effet dans les chartes de l’abbaye marseillaise de Saint-Victor que le nom est pour la première fois évoqué, un nom variable mais reflétant toujours l’activité locale remarquable. Ollières vient en effet du mot « Oulle » signifiant « pot, marmite » et pour cause, ce village était à l’époque, l’équivalent de Vallauris, mieux encore, les premières traces des poteries de Vallauris n’apparaissent que lorsqu’Ollières a cessé son activité au XVIème siècle. Le choix d’Ollières ne tient pas du hasard, encore aujourd’hui, le sol est argileux, trois types d’argiles de couleur orangée s’y trouvent permettant de faire des produits réfractaires donc des poteries, noires ou grises suivant la cuisson.

Dans l’ouvrage de l’association d’histoire populaire tourvaine consacré à ce village, plusieurs dépotoirs de poteries sont cités. Il est ainsi expliqué que parmi les ruines de Villevieille, ancien village d’Ollières aujourd’hui appelé plateau Beauvillard, de très nombreux fragments de poteries locales ont été découverts dont cette oulle en photographie, trouvée juste avant le village, à droite après le pont. Si l’expérience de ce couple n’a nul égal, les poteries peuvent, pour les plus expérimentés, être reconnues par leurs caractéristiques : couleurs, formes, façon d’être réalisées. Elles étaient en effet tournées à l’envers pour une meilleure résistance aux chocs thermiques et leurs anses tournées et nervurées s’avéraient rigides et solides. Ces potiers ne répondaient pas aux standards imposés aux XIXème, XXème siècles à Valloris, ils n’avaient pas atteint les mêmes maîtrises mais proposaient pourtant des modèles à peine différents.

Dans les archives départementales des Bouches du Rhône, l’importance de l’activité de ces artisans de la terre cuite au XVème siècle tranche avec l’image du village de taille très modeste que l’on connaît aujourd’hui. Entre 1338 et 1492, quinze olliers réputés sont recensés, il est également fait trace de divers lieux de vente : Antibes, le marché de Puyloubier, Marseille et son port. D’autres écrits relatent que certains s’installaient à Ollières « pour faire l’art et le métier d’ollier » ou encore que des oliers, habitants d’Ollières, prenaient en apprentissage afin de permettre à d’autres d’apprendre « en l’art de ollario et faire olles et aultres ouvres licites et honestes ». L’importance est telle que la vente se fait par lots avec une échelle de tailles relatives à des prix fixes indiquant une production importante et des ventes en gros dépassant largement le stade du troc ou du détail local même si, en local, tous les châteaux avoisinants possédaient leurs marmites, en témoignent les fouilles réalisées à Rougiers où la moitié du matériel trouvé provenait d’Ollières. En 1557, l’activité semble toutefois s’être évaporée.

Mais ne voici là qu’une histoire intéressante sur Ollières, François Carrazé et l’AHPT en ont révélé bien d’autres notamment celle consistant à rappeler qu’Ollières refusait la domination de l’église, la conservant loin de ses terres à l’inverse de Saint Maximin.

Edition 2022 - Bélinda Ghanem-Cunat