Le nard : un parfum de grand prix

Terroir & Acteurs de développement | Nature | Histoire, culture & traditions > Culture

Le nard : un parfum de grand prix

«  Alors Marie prenant une livre d’un parfum de nard pur, de grand prix, oignit les pieds de Jésus, les essuya avec ses cheveux ; et la maison s’emplit de la senteur du parfum… » Ev Jn 12,3-4.

Il nous est dit que ce nard pur coûtait 300 deniers, soit l’équivalent du salaire d’un ouvrier de l’époque sur une durée de 300 jours. « L’Oignante » n’a pas lésiné ! Elle a offert un absolu de parfum  témoignant d’un Amour absolu. Et ce nard utilisé étonne toujours : de quel parfum rare s’agissait-il ?

Une conférence sur le thème du Parfum s’est tenue lors d’une soirée exceptionnelle au couvent de Saint Maximin, organisée par l’association des Amis de la Basilique et de sa présidente Françoise Sur ce samedi 23 novembre 2019.Soirée au bénéfice de la restauration du chœur de la Basilique.

A la suite du récital de musique ancienne magnifiquement interprété par le duo Lila Hajosi au chant et Giovanni Bellini à l’archiluth, la jeune conférencière* Anne Sophie Bouville, doctorante, nous a fait pénétrer dans cet univers sensible du Parfum (de Per fumum : à travers la fumée) au fil des siècles, notamment de l’Antiquité à nos jours. Pour cette première période qui nous intéresse, elle a cité un parfum panacée au nom évocateur : le baume de Judée ! Il s’agit d’un un exsudat, suc suintant d’un arbre, que l’on ne peut récolter qu’à un moment « J » de sa vie végétale. Suc précieux, se récoltant à la seringue,  donnant une substance aromatique noble et véritable panacée. Son extraction demande d’être « très réactif » pour être présent à ce moment très court de la coulée de l’exsudat. Le baume de Judée est donc un baume rare, à très faible rendement, ce qui justifierait son « grand prix ». Parfum des femmes fortunées, utilisé aussi lors des sacres royaux ; il est l’un des composants du saint chrême utilisé lors du baptême de Clovis noël 496.Abandonné depuis pour sa rareté et son exigeante récolte…il revient dans son pays d’origine grâce à un homme passionné qui réintroduit  patiemment en Israël son exploitation. L’odeur du baume de Judée ? Terpénique cad de bois fraichement coupé ; citronnée et de pinacée cad une odeur résineuse.

Laissons l’effluve de ce nard pur mystérieux utilisé par Marie Madeleine continuer son œuvre de « Mémoire d’Elle » et se propager.

*Anne Sophie Bouville est parisienne d’origine. Ses études de chimie des parfums l’ont amenée en Provence où  elle travaille avec le professeur Xavier Fernandez, auteur de « Hydrolats et eaux florales » chez Vuibert, en lien avec le professeur JP Brun du Collège de France à l’université de Nice.Ellecollabore avec le musée des parfums de Grasse pour la conservation des plantes rares et oubliées des parfums antiques.

Edition 2020 - Viviane-Marie Vieux