Des oeufs à la Sainte-Baume

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Des oeufs à la Sainte-Baume

Parler d’œufs à propos de la Sainte-Baume peut surprendre si l’on ignore l’importance des rites païens liés à la fécondité qui, depuis des temps immémoriaux, ont animé ce lieu.

Par le germe qu’il contient, l’œuf représente la puissance créatrice. Promesse de vie, c’est un symbole universel de naissance ou de renaissance et, par conséquent, de résurrection. Or, d’après les évangiles, Marie-Madeleine fut le premier témoin de la résurrection du Christ dont elle répandit la  bonne nouvelle. Il n’est donc pas étonnant que l’image de l’œuf, comparable à celle de la caverne, soit très présente à la Sainte-Baume.

Le mur en façade de la grotte est illuminé par sept vitraux remarquables, œuvre (1977-1983) du compagnon Pierre Petit. L’écomusée de la Sainte-Baume leur a consacré un livre (« Sept hommages à Marie-Madeleine »). Véritable tapisserie de lumière, ces vitraux représentent les épisodes majeurs de la vie de celle que l’on nomme souvent « la pécheresse repentie ». Elle y est transcendée au travers des symboliques chrétienne et compagnonnique. Dans la construction des scènes, la forme de l’œuf, qui met en valeur les personnages, est dominante.

Autrefois, les pèlerins ramenaient de la montagne sacrée les « œufs de la Sainte-Baume » ou « coucounets » dont les coquilles évidées, en forme de reliquaire, renfermaient un petit personnage coloré. Le culte de Marie-Madeleine a remplacé celui de l’Artémis d’Ephèse que des grecs, venus de Phocée, avaient introduit dans la région de Marseille. Cette déesse de la fécondité est représentée avec une poitrine ornée d’une bonne douzaine de seins. Il s’agirait en fait d’un pectoral chargé d’ œufs d’autruches considérés actuellement comme des symboles de fertilité. Sculptés par l’érosion, de nombreuses « mamelles » sont nettement visibles sur la paroi d’une cavité cachée qui servit de grotte sépulcrale à l’époque préhistorique. On y pratiquait probablement des rites de passage.

Bien réels, en revanche, sont les œufs fossilisés de dinosaures que l’on a retrouvés dans les roches sédimentaires de la fin du Crétacé. Ce sont d’autres fossiles, des oursins, également présents à la Sainte-Baume, que les anciens Celtes recherchaient tout particulièrement car ils les prenaient pour des œufs de serpents et leur attribuaient des pouvoirs magiques.

D’après la Légende dorée, lorsque Marie-Madeleine arriva à la Sainte-Baume, la forêt était infestée de reptiles géants. Elle découvrit leur repaire et transforma leurs œufs en pierres. Ce sont les grosses concrétions ovoïdes que l’on peut voir dans la grotte dite « aux œufs ». Ce mythe, très répandu, représente le triomphe du Bien sur les forces du Mal que symbolisent les serpents issus de la terre.

Quelles que soient nos croyances et aspirations, nous pouvons bien considérer la Sainte-Baume comme un haut-lieu de régénération.

Edition 2020 - Alain Bontemps - Ecomusée de la Sainte-Baume