Entretien avec Madame Myrna Giron Ricard (Petite fille de Monsieur Paul Ricard 1909-1997)

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Entretien avec Madame Myrna Giron Ricard (Petite fille de Monsieur Paul Ricard 1909-1997)

Vous êtes en Charge des travaux et des rénovations des Iles Paul Ricard (Bendor et les Embiez), et membre du Directoire de la Société Paul Ricard.

Vous vous êtes véritablement impliquée dès 2008, dans le but de transmettre un patrimoine façonné par votre grand-père, patrimoine naturel et construit mais préservé par l’homme, « qui englobe tout », pour les futures générations.

Dès 1950, votre grand-père fait l’acquisition de l’île de Bendor, puis en 1958, ce sera le tour des Embiez. Dans les années 60, suivent les nombreux hectares du Plateau de Signes et la Tête de l’évêque.

MGR : « Son père et son grand père avaient de la famille à Cuges les Pins et, depuis son enfance, il se promenait sur les routes de Provence. Il a acheté ces terres parce qu’il aimait ce plateau boisé, au pied de la Sainte Baume. Il a toujours pensé qu’il fallait entretenir la forêt et que l’homme pouvait en pendre soin. Il rêve donc d’y implanter une usine, puis, un centre de vacances pour son personnel… Ces deux projets ne verront pas le jour, loin de se décourager, il imagine autre chose : le circuit sort de terre en 1970. »

Qui était votre grand père ?

MGR : « Il était entrepreneur, inventeur, il cherchait à gagner de l’argent pour être peintre. Il adorait dessiner. En devenant un grand patron, il s’est pris à son propre piège. Il fut donc, un manager, un meneur d’hommes, un communiquant exceptionnel ; il a d’ailleurs quasiment inventé le sponsoring avec le Tour de France aux couleurs de sa boisson anisée…mais aussi …Un grand révolté contre les abus et l’administration-sa bête noire. ».

« Paul Ricard était contradictoire, écologiste sans être « vert », très attaché à la Nature, {parce que je  lui dois tout}-comme il disait. Il adorait vivre dans son refuge, à la Tête de l’évêque, un peu loin de tout, mais avec un œil sur tout. La vue en 360° est imprenable de là-haut : de la Méditerranée à la Sainte Baume, cette montagne qui était une barrière naturelle au nord… »

« Les collines de la Sainte Baume c’est la Provence, une faune et une flore méditerranéennes retrouvées ; et la Provence était son berceau. Quand aux symboles ? Je pense que Paul Ricard était croyant…Il aimait toujours avoir un curé à sa table (L’abbé Simon-que beaucoup ont connu, le Chanoine Galli… »

Que pensez-vous du retour du Grand Prix de F1 au Circuit Paul Ricard au pied de la Sainte Baume ?

MGR : « C’est une formidable opportunité pour la région, non ? On pense souvent qu’il y a un paradoxe entre entreprendre-développer et respecter le milieu naturel dans lequel on évolue, pas pour mon grand-père ! Il y a des risques certes, mais il détestait voir les gens quitter leur village. Sans ressources locales on ne fait pas grand-chose. Même si c’est sans doute plus difficile aujourd’hui, avec certaines contraintes, nous sommes fiers de continuer son œuvre*.»

Quand on pense à tout ce qu’il a crée, c’est du bon sens et on sent un fort respect, un véritable amour de la Nature.

MGR : « Oui, il a toujours vécu en lien avec la nature et son environnement, il a su en tirer partie intelligemment ; rappelons qu’il fut un des premiers défenseurs d’écosystèmes en danger, comme la Mer Méditerranée (Cf. scandale du rejet des boues rouges) avec la création de l’Institut Océanographique Paul Ricard en 1966. »

Diriez-vous qu’il était pessimiste ou optimiste ? MGR : « Mmm…Je dirais… Réaliste (Rires). Réaliste avant l’heure car visionnaire. »

Quels sont les projets pour l’avenir ? MGR : « Nous avons faits et faisons de gros travaux sur les différents sites et nous essayons de redonner vie à certains lieux ; pour la Tête de l’Evêque, nous pensons à un projet de forêt durable (800 hectares concernés), mais il est encore trop tôt pour en parler précisément. Mon grand-père a toujours pensé qu’une forêt entretenue et sauvegardée vivait mieux qu’un territoire vierge. » A suivre donc !

Merci Myrna !

Pour mieux connaitre PAUL RICARD et se rendre compte de l’empreinte intemporelle qu’il nous laisse, vous pouvez visiter la Galerie d’art et le Musée des Vins et des Spiritueux, sur l’île de Bendor…mais aussi Méjanes en Camargue.

*Lire «La Passion de créer» -Editions Albin Michel Réédité en 2009. D’autres parutions à suivre.

Edition 2019 - Sophie Duquenne