Des pierres sèches en Sainte-Baume

Des pierres sèches en Sainte-Baume

Des pierres sèches en Sainte-Baume Des pierres sèches en Sainte-Baume Des pierres sèches en Sainte-Baume

Au cours de vos balades et pérégrinations bucoliques dans les collines de notre beau territoire de sud Sainte-Baume, vous ne manquerez pas, au détour d’un virage, d’une tousque, ou, au fond d’un vallon, de découvrir un mur, une restanque, un abri, un jas…le tout réalisé en pierres sèches sans liant…juste des pierres. 

Même si la végétation reprend souvent ses droits et recouvre ces édifices, on se rend compte que tout est parfaitement appareillé, équilibré et tout simplement beau. Des ruines ? Oui et non.

Ces pierres appelées également des Lauves, plates, colorées par l’argile rousse se chauffent au soleil, mais se grisent parfois ; elles peuvent aussi se tacheter de noir par endroit, ou encore, se couvrir d’un fin lichen. 

Des décennies après avoir été manipulées, disposées et agencées sous différentes formes de constructions locales et rurales, elles restent fières et solides… Ces constructions irrégulières étaient étudiées, pensées, voulues et nous sont laissées en héritage aujourd’hui.

Les petits murs de soutènement appelés souvent « restanques » servaient à créer différents niveaux sur un champ ou un terrain, et permettaient d’étager, d’organiser différentes cultures (pois-chiches, fèves, oliviers, safran, câpres et autres).

Les abris étaient, quant à eux, plus structurés et destinés aux bergers pour s’abriter et garder leurs bêtes -moutons ou chèvres-dans des « Jas » ou enclos, allant jusqu’à des logements de type 2 ou 3, avec plusieurs pièces à vivre, qui gardaient leur sol en terre battue. Certaines options, comme une cheminée, un fenestron (petite fenêtre), une niche, ou un garde-manger pouvaient compléter l’édifice.

Nous pouvons donc découvrir des constructions, des agencements des plus simples aux plus élaborés, du tas de pierres jusqu’aux fours à cade et à poix (obtenue à partir du bois de Pin). Ces pierres ont été les témoins d’une vie, d’aventures, de fortunes ou d’infortune(s).

Le nombre, certainement non exhaustif de 186 fours à cade recensés par Monsieur Porte* sur les communes d’Auriol, du Beausset, de la Cadière d’Azur, du Castellet, de Ceyreste, de Cuers, de Cuges, d’Evenos, de Mazaugues, de Méounes, de Signes, de Nans-les-Pins, du Revest, de Riboux, de Rocbaron, de Sanary sur Mer, de Solliès-Pont, Solliès-Toucas et Solliès-Ville, le prouve. Les premiers fours ont commencé à produire vers 1840, et le dernier four s’est arrêté en 1955 sur la commune de Riboux ; mais, dès le XVI° siècle, des systèmes de ce type ont été décrits et évoqués sur des actes notariés.

Fours savamment bâtis pour extraire les essences des bois de cades (genévrier oxycèdre) afin de concocter des huiles (destinées à la pharmacopée vétérinaire-comme traitement des affections cutanées diathésiques ou parasitaires), onguents ou goudrons, sont des exemples fabuleux de l’utilisation des ressources du milieu naturel. Tout en respectant des bonnes pratiques, ils étaient les acteurs d’un usage du bon sens dont faisaient preuve les gens simples, les gens de la terre qui respectaient leur environnement en lui rendant grâce.

 Au-delà de ces édifices, apparaît ainsi « une gestion méthodique de la forêt méditerranéenne ».

Peut-on se demander  “Etait-ce mieux avant” ? Nul ne le sait … Mais nous pourrions aujourd’hui en tirer quelques leçons, sans être nostalgiques.

Quand j’ai découvert des exemples de ce riche patrimoine naturel et architectural, j’ai pensé à rédiger un mémoire, une thèse, qui aurait pour titre « De la gestion, du partage et de l’entretien des espaces naturels et communs ». Tout un programme !

« Le plus souvent, les propriétaires des forêts considéraient l’exploitation des cades comme un droit d’usage pour lequel ils ne demandaient aucune contrepartie. C’était de bonne politique d’ailleurs car les enguentiers (exploitant des fours) entretenaient ou créaient des chemins et constituaient la meilleure garantie contre les incendies. Ces fours n’étaient pas allumés en été à cause des risques, on récoltait le bois, et la mise en route se situait fin octobre, après les vendanges, d’autant que les exploitants étaient généralement des agriculteurs et des vignerons »*.

Le temps fait défaut, alors je vous invite à vous arrêter et à regarder, à poser votre main sur la pierre…

Juste sentir et ressentir.

Nous pouvons être honorés, voire privilégiés d’être témoins d’un savoir-faire né de l’antiquité, et qui a su résister au temps. Une trace de l’homme -patient, respectueux et résolu-dans son milieu.

Tout un art de bâtir… « Cette architecture de nécessité, employée dans le monde entier, a produit en Provence, jusqu’ à son apogée au XIX° siècle, des édifices remplis d’imagination et de beauté … » Emouvant, n’est-ce pas ?

* « Fours à cade, fours à poix dans la Provence littorale » de Laurent Porte et « Pierre sèche en Provence » de Pierre Coste, Pierre Martel-Editions Les Alpes de Lumière

Et sur le site https://guidesaintebaume.fr/histoire/fours-maison-du-patrimoine-a-la-cadiere-dazur/

Photos de Sophie Duquenne

Edition 2022 - Sophie Duquenne