Le grand voyage en Sainte-Baume

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Le grand voyage en Sainte-Baume

Depuis la nuit des temps existent les légendes et cela grâce aux pouvoirs des Êtres merveilleux et à leur faculté de communiquer avec la Nature sans jamais la dominer, protégeant l’harmonie qui demeure entre les esprits et les énergies.

Il paraît que sur les hauteurs du grand massif de la Sainte-Baume surgit une source originelle qui alimente des endroits, inconnus des hommes, et s’achemine jusqu’aux Monts verts pour enfin se jeter dans la mer. Cette source s’échappe d’une grotte au cœur de laquelle, les voyageurs pourraient trouver la Déesse des eaux pures. Elle seule saurait leur délivrer l’accès de la voie divine qui recueille les secrets de la Nature emportés dans les profondeurs des mers pour ressurgir des milliards d’années plus tard dans le jaillissement des volcans.

C’est ainsi que commence le grand voyage pour trouver la source et c’est à travers bois que les voyageurs entameront leur route pour atteindre au petit matin les premières hauteurs du massif.

Après s’être éloigné de la vallée verte et fleurie, il semblait improbable d’imaginer un royaume d’eau et de glace tant la chaleur accablante rayonnait sur les roches blanches. Une interminable marche s’annonçait sur ce parcours aride. Ni eau pour se désaltérer, ni arbre pour se protéger du soleil et cela de longues heures durant, sans jamais croiser âme qui vive. Il fallait grimper jusqu’au sommet du versant pour enfin découvrir un tout autre paysage. Au loin, on apercevait la mer.

Là, un large territoire s’étendait, vallonné et verdoyant, jonché de sources qui nourrissaient le cœur de cette terre. L’air y était plus doux et l’on sentait l’altitude.

Il fallait atteindre le sommet le plus haut  pour pénétrer dans le Royaume des glaces.

ET là s’ouvraient de gigantesques précipices quelquefois masqués par des éboulis, quelquefois grands ouverts vers les profondeurs de la terre. Mais, selon l’époque de cette ascension, aucune chance de se satisfaire d’un tel spectacle à l’horizon.

Il fallait attendre l’hiver pour qu’apparaisse le géant des glaces.

L’antre du géant de glace était tapissé de perles froides, comme des gouttes d’eau figées par le gel, comme un trésor gisant sur le sol. De minuscules billes éclairant la large voûte sombre et glaciale.

Ce sont des perles de pluie façonnées dans la glace. Elles ont le pouvoir de capter la lumière et aussi de faire glisser les pas. Elles sont éphémères. Plus le géant façonne des perles de glace, plus il maintient la longévité de la glace mère. Dans la glace mère, il extrait des glaçons. Des gros, des moyens et des petits glaçons. Autrefois, les hommes venaient de loin pour récolter des blocs de glace car ils permettaient de préserver leur nourriture. Mais aujourd’hui, plus personne ne vient. C’est à cause du progrès.

Poursuivant le voyage au travers les drailles, tout là haut, sur le Saint-Pilon, il faudra attendre la levée du jour pour sentir la brise légère. Les anciens se plaisaient à dire que ce vent doux et frais emportait les fées dans leur réveil pour faire naître le jour et que le frissonnement de leurs ailes venait caresser les visages encore endormis des hommes de la terre pour les sortir de leur sommeil et effacer les cauchemars.

Ce massif regorge de surprises. Tant de diversité dans le paysage et autant d’obstacles à franchir. Entre éboulis et clairières, gouffres et plaines, il était plus aisé de rester sur les voies tracées par les hommes, bien que cela n’était pas le plus court chemin pour atteindre la grotte.

Etrangement, sur leur parcours,  ils rencontrèrent un homme dans cette immensité. L’homme était guide, le guide de la Sainte-Baume. Il passait le plus clair de son temps à escalader le massif et à observer sa faune et sa flore. Il connaissait Héraclès, le grand chêne de la Sainte-Baume, et confia aux voyageurs qu’il pouvait sentir son énergie. Ils entamèrent une longue conversation sur la splendeur du massif et sur les étranges rencontres que l’on peut faire dans ces lieux isolés.

Un peu plus tard et en toute confiance, le guide de la Sainte-Baume orienta les voyageurs vers leur objectif.

Aux abords d’une retenue d’eau, se situait la grotte. Il fallait plonger dans cette eau froide pour pénétrer dans le trou d’où provenait la source.

Là, un tunnel sans fin s’étirait dans la roche. Un couloir sombre où l’on ne pouvait respirer. Plus loin encore, plus loin, et toujours cette cavité obscure, étroite et humide. Il était impossible de reculer, et pourtant, croyant s’être trompés d’endroit, ils continuèrent d’avancer et de s’engouffrer. Soudain, un filet d’eau ruisselant à contre sens évoqua la naissance de la source, plus loin, encore plus loin.

Enfin la source les attendait au pied d’un énorme réservoir d’eau limpide, illuminé par des cristaux de roches. Un réel paradis sous terre où s’écoule la vie. La roche suintait comme si elle transpirait de supporter le monde d’au dessus. Une multitude de cristaux accrochés aux parois se reflétait dans la douceur d’une eau sereine. Aucune agitation. Aucun bruit rappelant le monde réel. Ce ruissellement était la source. Celle qui alimente les profondeurs de la terre et qui surgit de nulle part pour irriguer les sols de l’autre côté du monde. C’est dans cet instant inoubliable que les voyageurs ont cru rencontrer la Déesse des eaux pures.

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