La Grotte de Marie-Madeleine au temps du Frère Elie
Ière partie : le Frère Elie
Parmi les personnages attachants liés à la Sainte-Baume figure le bienheureux Frère Elie qui y passa la plus grande partie de sa vie au XIVème siècle. Ce dominicain, originaire de Trets, était entré au couvent de Saint-Maximin. Devenu prêtre, le jeune profès fut envoyé au service du vicariat (monastère) de la Sainte-Baume. D’après l’historien P.-J. de Haitze, il eut beaucoup de mal à l’accepter car il avait un certain talent pour la prédication et il aimait bien paraître en public. Désirant quitter rapidement le lieu d’exil où on l’avait oublié, il fut frappé par la Grâce et, « prenant conscience de l’intérêt de son ministère », il décida de ne plus jamais quitter l’endroit « afin d’imiter la pénitence de la glorieuse Madeleine ».
On ne connait pas la date exacte de sa naissance mais il serait mort le 22 juillet 1370 (jour de fête de Marie-Madeleine), après avoir passé soixante années (et peut-être plus !) dans le « désert ». Se livrant à la méditation, le Frère Elie était favorisé d’extases et de révélations sur la vie de la sainte. L’abbé Faillon, lui-même, attribuait ses visions au « ramollissement de ses facultés mentales par une réclusion trop prolongée ». Peu de temps avant son décès, deux marchands florentins qui s’étaient égarés, de nuit, près de la chapelle du Saint Pilon reçurent ses confidences. C’est qu’ils l’avaient mis en confiance à la suite du miracle qui avait stoppé net leurs montures au bord du précipice ! Les traces des sabots sont toujours visibles dans la roche (à moins qu’il s’agisse d’un jeu de l’érosion).
Une grotte-ermitage est attribuée au « Père Elie » ; elle est située à quelques centaines de mètres à l’ouest de l’esplanade qui précède l’escalier du sanctuaire mais ce n’est pas celle où il vécut. Longue de 11 mètres et profonde de 4, il ne s’agit que d’un abri sous roche ouvert à tous les vents. Non loin de là, se trouve la vraie grotte, en bordure du sentier qui monte au Pas de la Cabre, une cavité basse protégée par un muret qui débouche sur un fond surélevé. Le religieux devait y effectuer des retraites spirituelles tout en accueillant les pèlerins les plus illustres. Et ils ne manquaient pas en ce 14ème siècle ! Pétrarque (venu plusieurs fois), avec qui il entretenait des relations privilégiées, la reine Jeanne (en 1348), sainte Brigitte de Suède (vers 1340), les papes d’Avignon et, paraît-il, le même jour, en 1332, cinq souverains : le roi Robert 1er, comte de Provence, accompagné de Philippe VI de Valois, roi de France, d’Alphonse d’Aragon, d’Hugues IV de Chypre et de Jean de Luxembourg, roi de Bohème.
Affaibli par les privations et toutes les rigueurs qu’il s’imposait, le Frère Elie expira dans les bras de ses compagnons. On dit qu’à cet instant toutes les cloches du lieu se mirent à sonner à la volée et qu’il fut enterré à l’intérieur même de la grotte.
Entre réalité et légendes, il fait partie de ceux qui ont consacré leur vie à la Sainte-Baume et contribué à son rayonnement dans le monde chrétien.
2ème partie : la grotte de Marie-Madeleine
Au temps du Frère Elie, la grotte présentait un aspect bien différent de celui que nous lui connaissons. A l’origine, c’était une vaste caverne dont le sol inégal et en pente débouchait sur un éboulis de rochers tombés de la falaise, au dessus de la forêt. Son accès était difficile. Jean Cassien, au 5ème siècle, établit une communauté de moines dans sa partie la plus basse qui était alors largement ouverte sur l’extérieur (« cella » primitive). A cause de l’insalubrité des lieux, des cellules furent rapidement construites sur une terrasse en plein air. De cette époque datent les premiers aménagements du site.
Au 12ème siècle, la présence de religieux est attestée à « Sainte Marie de la Baume ». Fra Salimbene, Frère Mineur de Parme, dans le récit qu’il fit de son pèlerinage (en 1248) mentionne « près de la grotte » une église desservie par un prêtre et, à l’intérieur, trois autels (dont un dédié à sainte Marthe) ainsi qu’une source « pareille à la fontaine de Siloë ». La grotte ne prit son apparence actuelle (autel majestueux et statue en marbre de Houdon) qu’au 19ème siècle, tout ayant été détruit pendant la Révolution française (y compris l’hostellerie extérieure contre le rocher). Une nouvelle hôtellerie verra le jour en 1861 sur le plateau en contrebas.
Entre 1313 et 1320, Jean Gobi, le troisième prieur du couvent de Saint-Maximin, fit réaliser de nouveaux aménagements afin de faciliter l’accès au sanctuaire et d’en garantir la sécurité, en des temps très troublés. Il fit édifier un parapet en bordure de l’esplanade où se trouvait le clocher et agrandir les bâtiments qui existaient déjà de chaque côté de l’ouverture de la grotte (l’hospice des étrangers et le couvent). Ces bâtiments seront détruits lors du terrible incendie de 1440 puis reconstruits une première fois grâce à l’intervention du roi René 1er.
Parce que les pèlerins avaient pris l’habitude de ramener chez eux quelques morceaux du rocher de la Pénitence, où la sainte aurait établi sa couche, en 1327, Robert le Bon, roi de Sicile et comte de Provence, fils de Charles II, fit entourer d’une grille en fer ledit rocher qui reçut le nom de « chambre de Marie-Madeleine ».
En 1337, le nombre de prêtres servant sur place est passé de 2 à 4.
En 1442, il fut décidé de construire un grand mur pour fermer l’entrée de la grotte et la mettre à l’abri des intempéries.
Il faudra attendre 1913 pour que l’extérieur de la grotte soit définitivement aménagé, le père Vayssière faisant établir un nouvel escalier (de 150 marches) avec un chemin de croix et réaliser une immense citerne sous la terrasse actuelle.
Souvent modifiée par l’Homme au cours des millénaires, notre grotte renferme encore bien des mystères, tant sur le plan historique que spirituel. Il nous appartient de les découvrir !

