Face au changement climatique, quel devenir pour la forêt de la Sainte-Baume ?

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Face au changement climatique, quel devenir pour la forêt de la Sainte-Baume ?

Face au changement climatique, quel devenir pour la forêt de la Sainte-Baume ?

1ère partie : L’héritage du passé

Majestueuse et remarquable, la forêt de la Sainte-Baume couvre près de 2 000 hectares sur le versant nord du massif. Son cœur forestier de 138 hectares, classé « Forêt d’Exception » depuis 2018, a vu ce label renouvelé en 2026. Elle fait partie des rares forêts françaises bénéficiant de cette distinction. De plus, une grande partie a été classée en réserve biologique intégrale, où l’intervention humaine est réduite au strict minimum.

Pourtant, la forêt de la Sainte-Baume n’a pas toujours existé. Durant la dernière période glaciaire (il y a plus de 10.000 ans) la végétation était proche de la toundra.

Le Hêtre, espèce emblématique de la Sainte-Baume, serait présent depuis moins de 8 000 ans. Issu de populations originaires de la vallée du Rhône, il présente également des caractéristiques génétiques identiques à celles des hêtres de la célèbre forêt primaire de Białowieża, en Pologne et au Bélarus. Son maintien dans ce massif provençal s’explique par des conditions locales particulièrement favorables : altitude, exposition au nord, pluviométrie relativement élevée et apports d’humidité liés aux brumes marines.

Les études historiques montrent cependant que la hêtraie occupait autrefois une superficie bien plus importante. Au début du XXe siècle, le paléo-botaniste Louis Laurent démontra, à partir d’archives du XVIIIe siècle, que le hêtre était présent dans de nombreux secteurs où il a aujourd’hui disparu. Les activités humaines, notamment les coupes destinées à la fabrication du charbon de bois, ont progressivement modifié les conditions du milieu en augmentant l’ensoleillement et en réduisant l’humidité. Or le Hêtre est une espèce exigeante, qui dépend d’un climat frais et humide pour se développer.

La forêt actuelle apparaît ainsi comme le précieux héritage d’un passé naturel et humain exceptionnel, dont la conservation constitue aujourd’hui un enjeu majeur.

 

2ème partie : Les perspectives d’avenir

Pendant des siècles, les changements climatiques ont peu affecté la hêtraie primitive de la Sainte-Baume, car ils se produisaient lentement et permettaient aux arbres de s’adapter. Cette hêtraie possède un patrimoine génétique remarquable, particulièrement adapté aux conditions méditerranéennes. C’est pourquoi l’ONF prélève des faines, fruits de l’arbre, afin de replanter des hêtres dans des régions plus au nord, comme la forêt de Verdun, pour renforcer leur résistance au réchauffement climatique.

Depuis plusieurs décennies, la situation évolue rapidement sous l’effet de l’augmentation des gaz à effet de serre. Une étude réalisée en 2024 par le GREC-SUD montre que la température moyenne dans le massif de la Sainte-Baume a augmenté d’environ 1,8 °C au cours des cinquante dernières années. Cette hausse devrait se poursuivre jusqu’à la fin du siècle, avec une augmentation estivale pouvant atteindre 4,8°C dans le scénario le plus défavorable.

Les vagues de chaleur et les sécheresses deviennent plus fréquentes, plus longues et plus intenses. Les précipitations annuelles voient  leur répartition saisonnière se modifier et pourraient être davantage concentrées en hiver, avec une multiplication des phénomènes climatiques extrêmes.

Ces évolutions perturbent fortement les équilibres écologiques. La hêtraie de la Sainte-Baume, déjà isolée, montre des signes de dépérissement : mortalité accrue des vieux arbres, difficultés de régénération et vulnérabilité croissante aux maladies et aux parasites. Le stress hydrique accentue la concurrence entre les arbres. À l’horizon du milieu du XXIᵉ siècle, cette hêtraie pourrait être gravement menacée. La chênaie pubescente devrait également reculer, tandis que la chênaie verte progresserait. Le Pin sylvestre pourrait être remplacé progressivement par le Pin d’Alep, mieux adapté à la sécheresse. Le risque d’incendie augmenterait fortement.

L’avenir de la forêt de la Sainte-Baume demeure donc incertain et dépendra de l’ampleur du réchauffement climatique ainsi que des actions mises en œuvre pour en limiter les effets.

Édition 2027 - Alain Bontemps / Jean-Marc Thénoux