Le figuier

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Le figuier

Au fond du jardin de mes grands-parents, il y avait un figuier. Mon grand-père disait qu’il l’avait toujours vu là, appuyé contre le mur d’enceinte. Le tronc généreux à la base se divisait en une multitude de branches qui ressemblaient à des tentacules ; certaines venaient effleurer le sol pour remonter ensuite, tendant leurs grandes feuilles dentelées comme des mains ouvertes vers le ciel, prêtes à recevoir les premières pluies d’août après la sécheresse.

Enfant, j’allais souvent m’asseoir sur les plus hautes branches, et parfois une grosse couleuvre verte venait profiter de la chaleur sur les dalles de pierre à proximité du bassin d’arrosage rempli de têtards et de tritons ; le grand figuier devenait alors te théâtre de mon imagination, juste assez pour ouvrir mon livre de la jungle.

Ma grand-mère disait que cet arbre avait été créé par le bon dieu pour nourrir et guérir les hommes ; en tous les cas lorsque nous avions des verrues, elle nous soignait en faisant couler dessus un liquide d’un blanc laiteux, en pressant le pédoncule d’une feuille qu’elle avait coupé.

Alors que j’avais seize ans, nous étions en promenade dans la colline avec une amie parisienne. Entre deux rochers poussait un figuier sauvage, l’arbre était frêle, mais il portait de très beaux fruits. La jeune fille paraissait émerveillée de trouver ainsi des fruits, en pleine garrigue. Elle dégusta la première, et lorsqu’elle ouvrit un autre fruit avec ses doigts graciles pour me l’offrir, la pulpe étoilée et rougeoyante apparut, je dégustais cette figue comme tous les nectars des palais d’orient.

Edition Web - Christian Vacquié