Les femmes myrophores
Au matin de Pâques, alors que tout semblait perdu, quelques femmes marchent vers un tombeau. Elles portent des aromates, selon la coutume. Elles viennent accomplir un geste d’amour pour un corps blessé.
On les appelle les femmes myrophores — du grec myron (parfum) et phorein (porter) – celles qui portent le parfum.
Parmi elles, une figure domine : Marie Madeleine.
Les textes mentionnent aussi Marie, mère de Jacques, et Salomé.
Ces femmes ont suivi Jésus durant son ministère. Elles sont présentes au pied de la croix. Et quand tout semble terminé, ce sont elles qui reviennent au tombeau.
Leur geste, simple et discret, s’inscrit dans une longue tradition biblique où l’huile et le parfum disent la consécration, l’honneur et le passage.
Pour comprendre leur démarche, il faut se souvenir que dans la Bible, le parfum n’est jamais anodin.
Il accompagne les grands moments de la vie :
Le parfum consacre
Dans l’Ancien Testament, l’huile d’onction sert à consacrer les prêtres et les rois. Être « oint », c’est être choisi par Dieu. Le mot « Christ » signifie d’ailleurs « l’Oint ».
Le parfum honore
Verser de l’huile parfumée sur la tête d’un hôte est un signe d’accueil et de respect. Le parfum dit la dignité de la personne.
Le parfum accompagne la mort
Dans la tradition juive, le corps du défunt est lavé, enveloppé dans un linceul et honoré avec des aromates. Ce n’est pas un embaumement à l’égyptienne, mais un geste de respect et de tendresse envers celui ou celle qui quitte ce monde.
Lorsque Jésus meurt, Nicodème apporte un mélange de myrrhe et d’aloès pour l’ensevelir selon la coutume (Jean 19,39-40)
Les femmes, elles aussi, préparent des aromates pour compléter ce rite après le shabbat.
Elles viennent donc accomplir un geste profondément humain : prendre soin d’un corps aimé.
Lorsque les femmes arrivent au tombeau, il fait encore sombre et la pierre est roulée. Le corps qu’elles venaient embaumer n’est plus là.
Dans l’Évangile de Jean, c’est à Marie Madeleine que le Ressuscité apparaît en premier. Elle reçoit la mission d’aller annoncer la nouvelle aux disciples. C’est pourquoi la tradition l’a appelée « l’Apôtre des apôtres ».
Leur geste de fidélité, parti d’un rite funéraire, s’ouvre sur la plus grande des annonces : la mort n’a pas le dernier mot.
Les femmes myrophores occupent une place discrète mais essentielle dans les récits évangéliques. Leur venue au tombeau s’inscrit dans la continuité des rites funéraires juifs du premier siècle : elles apportent des aromates pour honorer un défunt, selon la coutume.
Ces parfums ne constituent pas un détail secondaire. Ils rappellent le respect porté au corps, l’importance des rites de passage, et la participation active des femmes aux événements fondateurs du Christianisme.
À travers Marie Madeleine et les autres myrophores, la tradition retient ainsi le souvenir de femmes venues accomplir un geste de piété — et associées, de manière décisive, aux premiers récits du tombeau vide.
Edition 2026 - Véronique Flayol
