Conversations en Sainte-Baume

Présentation du Guide Sainte-Baume | La Sainte-Baume | Edition papier

Conversations en Sainte-Baume

Christian [C] : « Depuis la nuit des temps, des femmes et des hommes ont emprunté les sentiers qui montent vers la Sainte-Baume, ils vont visiter la forêt, arpenter les crêtes rocheuses, se recueillir à la Grotte, ces lieux sont porteurs de symboles, ils les découvrent simplement par curiosité, ou pour donner un sens à leur spiritualité. Qui sont celles et de ceux qui habitent la Sainte-Baume, qui sont de passage, s’y arrêtent un jour, mais parfois n’en repartent jamais…. ? »

Nelly [N] : « Ou qui en repartent, parce que leur vie est ailleurs, mais qui portent en eux la Sainte-Baume, dès le premier contact. »

C : « Et qui viennent s’y ressourcer, c’est souvent vital pour eux, c’est comme respirer un autre air, juste pour se recharger avant d’affronter le quotidien. »

N : « Moi, j’ai découvert cet endroit il y a un peu plus d’un an, et depuis, je ressens régulièrement le besoin d’y retourner, l’envie d’y être. J’aime marcher dans les massifs de notre région, la montagne de la Sainte-Victoire, la chaîne de l’Etoile, le Garlaban, les Calanques. Mais je ne connais que le manque de la Sainte-Baume. »

C : « Eh oui, certains n’ont pas de mots pour exprimer ce sentiment, juste une sensation, c’est une thérapie, ils viennent seuls ou accompagnés de leur chien, ils parcourent les chemins en sous-bois, sans même monter à la Grotte, c’est comme un rituel, ils ne nous diront jamais s’ils ont prié, s’ils ont pleuré, ils donnent des ordres à leur chien, juste quand ils vous croisent, la Sainte-Baume c’est leur secret, leur intimité, cela fait parfois 20 ans qu’ils viennent une fois par semaine, par tous les temps, ils ont un secret que nous ne connaîtrons jamais, et c’est bien ainsi. »

N : « C’est vrai que c’est bien l’endroit auquel je pense quand j’ai envie de m’extraire de mon quotidien, d’être seule, ou tout du moins dans le silence. »

C : « Et il y en a d’autres qui parlent tout le temps de la Sainte-Baume, et de leurs sentiments, le plus souvent des femmes, elles ont besoin de nous dire qu’elles aiment cette montagne, sa forêt, sa grotte, qu’elles touchent là à l’essentiel de leur être, elles parlent de spiritualité, de bonheur irremplaçable. Elles sont souvent en recherche d’une religion, ou d’un sens à donner à leur vie. Elles sont parfois animistes, alors elles évoquent Gaïa la déesse de la terre, Artémis la déesse de la forêt, mais aussi Marie-Madeleine, elles ressemblent un peu à ces femmes qu’on appelait les « Béguines », qui vivaient en communauté devenant religieuse de leur plein gré sans adhérer aux lois de l’Église. Elles se promènent parfois avec des amulettes, et se réunissent pour le solstice d’hiver et d’été, parce que le lieu est propice aux énergies cosmo-telluriques. Certaines ont décidé de s’installer à la Sainte-Baume, ou dans un village où chaque jour leur regard se porte sur la montagne sacrée… et pourquoi pas ? me direz-vous, puisque cette façon d’envisager la spiritualité leur fait du bien…

Et il y a ceux aussi, qui viennent dans ce haut lieu de la Chrétienté avec pour seul but d’aller visiter la Grotte sacrée au moins une fois dans leur vie, la Sainte-Baume évoque pour eux Marie-Madeleine la Sainte, mais aussi la pécheresse repentie et celle qui accompagna Jésus, ils viennent prier et assister à la messe, parfois de très loin, en car, si bien que si la grotte est fermée, , ils repartent sur le champ. Parfois très âgés ou un peu handicapés, ces pèlerins marchent péniblement sur le chemin des Rois, cette ascension, ce cheminement laborieux vers la Grotte, est plutôt une démarche profonde, ressemblant à la traversée de leur désert intérieur. Les pèlerins réguliers viennent à la Sainte-Baume pour les fêtes religieuses ou des retraites, Généralement accueillis à l’Hôtellerie, ils participent à des séminaires, ce sont de vrais catholiques, ils vivent un peu en vase clos entre l’Hostellerie et la Grotte, les chemins et la forêt sont juste un espace à traverser pour aller à la Grotte. On les entend parfois monter le chemin des Rois en chantant, guidés par des prêtres, comme le firent sans doute depuis des siècles leurs frères de l’église de Rome.

Et puis il y a ceux qui arrivent surtout en semaine parce qu’il y a moins de monde ; les randonneurs, ils viennent de partout en France mais surtout de Provence, organisés en Club de marche, pour traverser le massif d’est en ouest, passer par le Pas de l’Aï, en venant du Chemin merveilleux, en cheminant aussi par le sentier dit du Paradis, le sommet des Béguines, et le St Pilon, mais aussi le Pas de la Cabre, toujours bien équipés à fond la forme, ils sont là pour faire du dénivelé. S’ils s’arrêtent à la Grotte c’est plus pour admirer la canopée et le paysage que pour prier. Souvent retraités et bons vivants, on les rencontre parfois au détour d’un chemin, assis sur un muret de pierres, sortant victuailles et bon vin de leur sac à dos, ils sont simplement heureux d’être là.

Les plus discrets sont sûrement les naturalistes, la réserve biologique possède une richesse inestimable d’espèces végétales, champignons, mammifères, insectes, oiseaux. Cet espace forestier est un vrai réservoir naturel, ils viennent, parfois même la nuit, chacun dans sa spécialité, observer, surveiller, recenser, et surtout à la recherche du Graal, l’espèce rare, endémique, que personne n’a encore découverte. Ceux-là, vous ne les verrez pas, ou rarement, car ils savent se fondre dans la nature, ils font du mimétisme comme les animaux qu’ils regardent vivre…

Et puis, régulièrement sur les chemins qui longent la forêt, on rencontre les sportifs, ils courent en regardant les couleurs des saisons dans la forêt, c’est un peu du sport poétique…

Le dimanche ou les jours fériés, les parkings de la Sainte-Baume sont envahis de voitures, pour certains c’est un rituel, ils viennent respirer un peu, se détendre, mais dans la foule. Ils s’approprient un espace avec leur voiture, le plus près possible d’un arbre, et sortent une table de camping, le traditionnel pastis, le vin rosé, et les plats préparés pour l’occasion. Ils étalent aussi le pique-nique sur des couvertures, ils passent ainsi un bon dimanche, le claquement des boules de pétanques se mêlent aux rires, aux discussions parfois animées, et aux cris de joie des enfants. Les gens du village les appellent les Marseillais… »

N : « Toutes ces personnes de passage en Sainte-Baume évoquent souvent ce lieu avec amour, certains même avec passion, rarement avec indifférence. S’ils sont là et pas ailleurs, ce n’est peut être pas un hasard… Tu peux aussi nous parler des personnes qui y résident ? »

C : « Les seuls résidents de la Grotte et de l’Hôtellerie sont les Dominicains, qui sont maintenant le plus souvent de passage. Les anciens, ceux qui ont laissé une empreinte durable, et ont été les gardiens de la Grotte pendant de longues années, reposent dans le petit cimetière de l’Hôtellerie à l’abri des grands cèdres de l’atlas.

Et il y a ceux du village, pas tous bien sûr, mais quelques uns qui, n’étant peut-être jamais montés sur les crêtes de la Sainte-Baume, ou seulement une fois quand ils étaient enfant, se sont approprié ce lieu parce qu’ils sont d’ici, et même s’ils ne sont résidents que depuis une ou deux décennies, tous ceux qui viennent d’ailleurs leur donnent la sensation de les envahir. Ils ont à la fois une image un peu surréaliste et religieuse de la Sainte-Baume, ils en ont même un peu peur, mais ils la défendent avec tout leur coeur. »

N : « Pour conclure, que peux-tu nous dire sur les résidents de la forêt ? Après avoir passé près de 25 ans à la maison forestière des Béguines, à l’orée de cette vieille et mystérieuse forêt, en tant que garde forestier, quel est ton sentiment personnel sur La Sainte-Baume ? Peut-être as-tu quelques secrets à nous faire partager ? »

C : « Oui, il serait bien intéressant de parler de ceux qui nous observent dans cette forêt, lorsque nous nous promenons, ou lorsque nous restons assis sous un arbre centenaire, ou près de la source, mais ça c’est une autre histoire… »

N : Lors de notre précédente conversation en Sainte Baume, tu disais que dans cette forêt, nous sommes sûrement observés, bien plus que nous n’observons…

C : Oui… Les animaux de la forêt nous observent, et nous évitent s’ils le peuvent. Sans être des naturalistes avertis, en parcourant les chemins ou en traversant un sentier, il nous arrive de déchirer une toile d’araignée, et de créer ainsi un remue-ménage considérable sur son territoire. Peut-être allons nous trébucher sur une fourmilière, écraser des centaines de fourmis sans nous en rendre compte, et créer un chamboulement dans leur royaume. Si bien que, sauf pour ce moustique dont nous sommes la victime, et qui n’attendait que nous pour assurer son repas, nous nous comportons souvent comme les prédateurs de l’infiniment petit, sans le savoir… Mais ceux qui nous observent le plus, ce sont sûrement les oiseaux…

Lorsque nous arrivons près de la forêt, le grand corbeau et parfois l’aigle de Bonelli planent entre les nuages, ils nous surveillent, car nous sommes des intrus sur leur territoire de chasse. Il en est de même pour les rapaces plus petits tels que la buse ou le faucon crécerelle. Le jacassement des pies ou le croassement des corneilles sont des cris d’alarme pour signaler notre présence, seul le spécialiste ou l’ornithologue restent attentifs à ces indices visuels et auditifs.

Dans les sous bois, à l’ombre des grands hêtres, résonne le chant caractéristique du pic noir, il lui arrive de toquer une branche creuse. Toc ! Toc ! Toc ! On dit qu’il fait du tam-tam, pour marquer son territoire. Lorsque le silence se fait, le ramage des pinsons résonne depuis les plus hautes branches. Plus discret, le chant de la mésange bleue, on dit qu’elle zinzinule. Et comme une provocation au visiteur, la trille semblable au son d’un grelot des rouges-gorges. Et le chant plus doux et fin du roitelet, comme un souffle, Fiiit! Fiiit! Plus haut, entre les ifs et les rochers de la montagne, résonne le chant des merles et des grives musiciennes, comme une symphonie d’amour.

La nuit, les chouettes hulottes s’interpellent, hululent et se lamentent, d’un arbre creux à l’autre. Dans l’entrée d’une grotte inconnue résonne le Hou ! Hou ! du Grand Duc, on dit qu’il hôle. Tous ces amis au costume de plumes chantent pour délimiter leurs territoires, ou pour impressionner une belle en montrant qu’ils ont de la voix, c’est le ramage. Si nous voulons identifier un oiseau, c’est souvent par le chant, car ils sont dans leur domaine presque invisibles, nous diront les ornithologues…

N : et les mammifères, habitants des sous-bois qu’il est si difficile de surprendre, et qui pourtant sont bien présents dans la forêt ?

C : On peut au mieux les entendre, si on est attentif… Au détour d’un chemin forestier, un craquement de branche morte ? C’est peut-être la fuite feutrée d’un animal sur la lisière du bois, un chevreuil que je n’ai sûrement pas surpris, car il devait m’observer depuis longtemps déjà…

Parfois, un pas encore plus léger, et une masse rousse qui vient de filer sous les arbustes? C’est la fuite discrète d’un renard, qui m’a senti depuis mon entrée dans la forêt.

Un autre mammifère, que je ne verrais jamais de jour, et qui m’observe sans doute depuis son perchoir entre deux branches mortes, la genette gracieuse à la longue queue annelée d’une fourrure beige et noire…

Le moins discret est peut-être le sanglier. Près d’une source, venant d’un buisson de ronces, une odeur forte parvient jusqu’à mes narines ? Une odeur musquée un peu acide ? C’est le sanglier qui sort d’un fouillis de branches basses, impénétrables, il déboule sur le chemin, me regarde, me jauge, je ne l’impressionne pas, il est chez lui, il se retourne en grognant et s’en va tranquillement.

N : Pour le néophyte, les oiseaux sont effectivement les habitants les plus repérables.

Que l’on pénètre dans la forêt par le parking des Trois Chênes, via le très emprunté Chemin des Roys, ou par le sentier qui longe les champs derrière l’Hôtellerie, ou encore en passant saluer Héraclès et Merlin, après avoir demandé l’autorisation silencieuse au gardien de ces lieux, ce qui m’amuse toujours en approchant, puis en entrant dans la forêt, c’est le silence qui petit à petit se fait, comme un souffle suspendu.

Les oiseaux surtout, qui nous ont repérés depuis longtemps, arrêtent leur conversation, nous observent depuis leur faîtage, et reprennent, ou pas, leur verbiage, s’ils nous acceptent dans cet endroit comme des invités de passage. Et l’on passe sur les sentiers, en sentant que la vie, l’activité de toutes ces présences invisibles, reprend juste derrière nous.

C : Ah, que j’aimerais voler au dessus du sol ou me faire si léger que mes pas seraient silencieux sur ce tapis de feuilles mortes, que j’aimerais me faufiler entre les branches sans faire de bruit… Il  faudrait aussi faire attention à la direction du vent, mon odeur d’humain est un indice d’alerte. Comment se fondre dans cet espace, sans être un intrus ? Car c’est bien ce que nous sommes devenus depuis que nous sommes des hommes modernes. Et il est fort probable que plus notre société évolue et se modernise, moins nous sommes en symbiose dans cet espace naturel. Comme je disais souvent aux enfants et parfois même aux adultes que j’emmenais en balade dans la forêt, « pensez que c’est de là que nous venons, et que nous avons presque tout oublié… »

N : Oui, presque tout… mais les animaux nous offre encore parfois leur compagnie. Ecoute le croassement du grand corbeau… Chaque fois que je suis avec toi sur les sentiers de la Sainte- Baume, il est toujours là, au-dessus de nos têtes, comme s’il te reconnaissait et te servait de guide. Qui sait?

Et que dire de nos amis les arbres ? La science, la botanique nous renseigne sur la vie de ces êtres vivants. Mais qu’en est-il de la vie plus intime des arbres ? En parcourant les sentiers de cette forêt millénaire, on peut ressentir la présence majestueuse, intimidante parfois, de ces vieux sujets.

Ne t’es-tu jamais senti interpellé par un arbre ? Comme un appel silencieux qui te fait lever la tête, vers un arbre, très précisément celui-là, persuadé qu’il t’a vraiment appelé ?

C : Je me suis souvent demandé ce que pensent ces grands arbres que je croise au cours de mes balades… Je sais que cet if est très vieux, son tronc est creux, je peux y passer le bras, je sens à l’intérieur un duvet de sciure, il abrite des insectes rares… Il en a vu passer sur ce chemin qui mène à la grotte, tant de pèlerins ou d’écoliers. Peut être même des rois et des reines comme disait mon vieil ami Philippe Devoucoux. Je me rends compte que ces arbres silencieux en savent bien plus que nous, ils sont les témoins de cette forêt.

Sans entrer dans des illuminations, tout en restant objectif et terre à terre, nous pouvons ressentir que les arbres sont bien plus que de simples végétaux. Si nous les prenons dans nos bras pudiquement, loin des regards curieux, en nous laissant aller contre le cœur rugueux mais tellement généreux de ces êtres de lumière, les pieds dans la terre et la tête dans les nuages…

Si nous les écoutons sincèrement… Le chant des arbres sous la brise… Un chêne ne chante pas comme un tilleul ou un érable, ou encore comme un pin des garrigues…

Il existe même dans ces bois sacrés, des tribus d’arbres tous de la même espèce, qui semblent vivre en parfaite harmonie, protégés par le plus vieux, magnifique, énorme et sec sur pied. Il regarde passer les randonneurs depuis des siècles, et si on prend le temps de s’arrêter près de lui, de poser la main sur son épaule usée, et il nous dévoile tous ses secrets…

Évidemment, nous pouvons aussi parcourir ces sentiers, sans ne rien voir. Mais il suffit juste d’un peu d’attention, d’écoute… Les enfants sont plus doués que les adultes pour cela ; ce sont eux qui parfois même nous interpellent, et nous disent avoir vu un lutin, un petit elfe entre les arbres ou assis sur la mousse d’un rocher, ils ont encore le regard ouvert sur le monde imaginaire…

Les bois sombres de la montagne, garderont toujours une part de mystère. Depuis la nuit des temps, les hommes, qu’ils viennent s’y ressourcer ou observer la nature, se posent des questions sur le sacré et l’invisible des frondaisons de cette belle forêt.

La Sainte-Baume ne nous dévoile sûrement qu’une partie de ses secrets, gardant pour les sages ce qu’elle a de plus sacré!

Depuis la nuit des temps, les hommes, qu’ils viennent s’y ressourcer ou observer la nature, se posent des questions sur le sacré et l’invisible des frondaisons de cette belle forêt ».

Si les animaux sont les plus faciles à observer, car ils sont actifs sous le regard du plus modeste naturaliste, nous pressentons tout de même que sous ces vastes espaces boisés, sous chacun de nos pas, il existe une autre facette de la forêt. Au cours de nombreuses balades en tant qu’animateur forestier, j’ai essayé́ de faire partager cette croyance : que la forêt elle-même est bien vivante, et communique avec nous comme un seul être.

J’invite les gens à prendre les arbres dans leurs bras, avec respect, dans une approche liée au yoga, utilisant leur respiration comme un moyen de communication.  Dans les bois de la Sainte Baume, je propose notamment d’aller visiter une tribu d’ifs. Les participants ont souvent l’impression de vivre une aventure particulière, car nous allons d’abord voir le Patriarche sur le bord du sentier merveilleux, un vieil if énorme et magnifique de plus de deux mètres de circonférence. Bien que sec sur pied, il paraît être là depuis la nuit des temps…et est entouré de tous ses enfants ifs, d’âges différents, couvrant presque un demi hectare…

Aujourd’hui, les scientifiques viennent de « lever le voile sur les mystères de nos forêts », et démontrent que ces espaces naturels sont organisés comme nos sociétés humaines aussi complexes, mais surement plus altruistes et équitables…

Le livre écrit par le garde forestier allemand Peter Wohlleben « La vie secrète des arbres » s’est vendu à plusieurs millions d’exemplaires et est traduit dans plusieurs langues. Il y est notamment expliqué que même les vieux arbres secs disposent d’un réseau racinaire encore actif, qui les relient aux autres arbres. Et que grâce au mycélium des champignons, les arbres secs bénéficient d’un système de survie et de communication sur plusieurs centaines d’hectares.

Les forêts établies en réserves biologiques comme celle de la Ste Baume et protégées de toutes coupes intempestives, sont bien plus vivantes et naturelles que ces espaces boisés où les arbres alignés sont cultivés comme du maïs, avec des échéances d’un demi-siècle pour la rentabilité d’une industrie à court terme. Si nous savons protéger nos espaces naturels, nous protègeront sûrement notre planète, et l’avenir de nos enfants….

Un chercheur biologiste, David Haskell, a passé́ un an à observer le même espace naturel. Comme un mandala, il décrit cette aventure dans son ouvrage « Un an dans la vie d’une forêt ». Dans « Ecoute l’arbre et la feuille », il évoque aussi le murmure des arbres et le suintement de la sève, le craquement des écorces. Il nous invite à écouter ce que les arbres ont à nous dire.

N : Je trouve cela fantastique que la science nous invite aujourd’hui à nous ouvrir à nos ressentis. Nous vivons dans une société rationnelle, et nous avons souvent besoin de preuves pour nous autoriser à croire. Même si depuis toujours, de doux rêveurs savaient que la forêt vivait, et qu’il était possible d’entrer en contact avec les arbres, maintenant la science le démontre. Nous pouvons désormais entrer dans une forêt et rêver, imaginer, ressentir que nous entrons dans leur monde… Ainsi à l’écoute de nos sensations, de nos émotions, nous faisons également un chemin vers nous… Je suis sûre que pour nombre d’entre nous, les promenades en forêt ont pris une toute autre dimension, et nous amènent à nous émerveiller.

C : Et nous ne sommes qu’au début de nos connaissances sur les bienfaits que peuvent exercer les arbres sur notre corps et sur notre esprit. Un biologiste et médecin Japonais, Qung Li, parle des promenades en forêt, et des bienfaits de la « sylvothérapie » pour soigner les maladies respiratoires, l’arthrose, l’hyperactivité, l’insomnie, et bien d’autres maux liés au stress.

Ce chemin qui nous mène au cœur de la forêt est aussi un chemin de sagesse et de spiritualité́…

Ecrit par Christian Vacquié, ancien garde forestier en Sainte-Baume, et Nelly - Edition 2016 - 2017 - Publié le 20/04/2017