Industrie de la céramique au 18e siècle à Saint Zacharie

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Industrie de la céramique au 18e siècle à Saint Zacharie

Saint Zacharie, dans la Vallée de l’Huveaune Sous l’influence des poteries arrivées d’Italie par le port de Marseille, une industrie de la céramique s’y développa au début du XVII0 siècle; elle allait perdurer pendant 300 ans. Pierre Toche, de Moustiers, Jacques Roubaud et Jérôme Rémuzat, reçurent en 1620 l’autorisation de construire leurs ateliers et surtout leurs fours, près de l’Huveaune, hors du village, pour des raisons évidentes de sécurité. Ils s’engageaient à produire des objets de première nécessité et à les vendre au prix fixé par la communauté. Ce système fonctionnait pour la plus grande satisfaction de tous, des villageois qui disposaient à prix modiques de cruches, pots, jarres et tians pour leur vie quotidienne, et des potiers dont le nombre ne cessait de croître. Leur industrie prospéra si bien qu’en 1674 ils étaient assez nombreux pour former une confrérie sous l’égide de Saint Claude, leur saint patron. En 1820 le village comptait une vingtaine de fabriques employant près de 500 ouvriers L argile était extraite de carrières a ciel ouvert, au nord du village a la fin du siècle, le débit atteignit 3000 m3 annuels et les potiers étaient devenus des industriels Plumier, Chouquet Cachard et Virabian entre autres, qui fabriquaient 500 mille poteries et 15 millions de carreaux par an. Les poteries fabriquées étaient toujours utilitaires, pas ou peu de décor, mais en contrepartie elles n’étaient toujours pas chères. Un catalogue date de 1908 des fabriques Gachard, Plumier, Deluy, Sylvy et Passerel, donne un répertoire des formes des pièces, formes qui n’avaient pas tellement varié depuis le XVII° siècle : cruches à anse de panier, pichets à bec pincé, tians, pots à conserve, petites jarres, bougeoirs, bénitiers, tarraillettes, plats d’équipage, écuelles, égouttoirs, plats, marmites façon Vallauris, terrines, vases de nuit, plats à barbe, encriers, mortiers, etc. Ce catalogue établit de subtiles différences entré les cruches communes (émaillées à mi-hauteur de rouge, jaune ou vert) et celles à forme Marseille ou Miramas (entièrement émaillées de jaune ou vert) ; les bombonnes ou bourraches, sont émaillées en vert, brun, rouge ou jaune, seulement à l’extérieur, à mi-corps, avec une seule anse et l’embouchure renforcée. Les petites jarres, qu’elles soient de Marseille ou de Miramas, sont émaillées à l’intérieur, en jaune ou en brun ; leur contenance était de 2 à 28 litres, Il convenait aussi de différencier la conque, dont la base est large, du tian à fond étroit. Les deux pouvaient aisément se transformer en évier lorsqu’ils étaient bâtis dans un potager, en y perçant un trou d’écoulement. On trouve aussi des encriers qui, si ils doivent leur apparition à l’école obligatoire, ont connu un grand développement pendant la guerre 14/18, des « kantis » et des gargoulettes d’origine espagnole. Les causes du déclin puis la disparition des usines sont, à Saint Zacharie, les mêmes que dans toutes les autres centres de fabrication de poteries ou de faïences: la concurrence de la faïence fine des régions du Nord, après avoir été celle de l’Angleterre, du métal dont on faisait de récipients moins fragiles, le passage trop éloigné du chemin de fer qui était devenu Ie moyen de transport le plus rapide, et enfin la guerre de l914/l8 qui fit perdre, en plus des hommes morts en combattant, une grande partie de la clientèle. Au début du 20° siècle, la mode voulait que les maisons en construction soient agrémentées de carreaux « art nouveau » colorés, en frise, en plinthes, à l’intérieur comme à l’extérieur ; on ajoutait des éléments architecturaux sur les toitures, on construisait des claustras. La vente de carreaux, se faisait sur catalogue Il fallut s’adapter au goût du jour, accroître la diversité et les techniques de fabrication. La grave crise monétaire de 1929 fit chuter le débit, touchant d’autant plus Saint Zacharie que 90 % de sa production était exportée Les petites fabriques fermèrent ou furent absorbées par de plus grandes ; en 1934 « Les tuileries de Marseille » prirent le contrôle d’à peu près toutes celles qui étaient resté en activité, mais la guerre de 1940 stoppa les exportations ; c’en fut fini lorsqu’en 1962 cessèrent celles vers l’Algérie.

Extrait de « En Provence, des poteries aux faïences » – Edisud 2008

Ecrit par Bernadette de Resseguier - Edition 2009